vendredi, 09 mai 2008
Essai: La géneration "No-Life"

"17h.
Comme tous les jours, et après seulement trois petites heures de sommeil, Thomas se réveille.
Ses yeux ne sont pas encore complètement ouverts, son esprit est encore embué de nombreuses idées confuses et son corps ne parait pas disposé à lui obéir si rapidement, mais il se lève tout de même et se dirige d'une démarche chancelante mais déterminée vers l'objet de toute sa convoitise.
Après une petite pression rapide sur le bouton "ON", il se laisse échouer de tout son poids sur ce fauteuil qui se voulait être confortable dans les premiers instants de son existence mais qui était devenu au fil du temps, un amas de mousse écrasée, déchiquetée et souillée par les taches de substances plus incertaines les unes que les autres.
Egaré dans le vide qui avait désormais pris posséssion de son esprit, une once de lucididé parvint tout de même jusqu'à l'esprit de Thomas quand il tendit machinalement son bras droit vers l'un des nombreux objets qui jonchaient la suface du bureau. Parmis les restes de nourriture avariée, les cannettes vides, les cendriers tous plus débordants les uns que les autres et quelques mégots égarés ça et là, il remarqua que l'objet qu'il comptait atteindre ne manifestait aucun signe de présence. Dans un geste violent d'impatience, il projeta d'un revers de bras l'ensemble de ce bric à brac qui alla s'abattre contre le mur le plus proche. Enfin Thomas apperçu ce petit objet ovale et s'en empara. Les petites pressions nerveuses et successives que son index opérait sur le petit objet semblaient l'apaiser.
Après quelques bouffées de fumée longuement aspirées, Thomas était déjà dans un autre monde. Ses yeux était hypnotisés par les images qui se dégageaient de cet écran 21 pouces, ses oreilles étaient déjà recouvertes d'un casque qui le potégeait de tous les bruits extérieurs et son corps vibrait tout entier au rythme des esquives et des attaques sanglantes que son avatar devait affectuer pour conserver la vie.
A quelques mètres de là, dans la pièce voisine, une mère abattue pleure toutes les larmes de son corps, comme tous les jours.
Ces jours qui étaient tous devenus semblables depuis environ une année, depuis qu'elle avait baissé les bras, depuis qu'elle avait laissé son fils sombrer, devenir ce qu'on appelle communément, un "no life".
Elle connaissait parfaitement la tournure que cette nouvelle journée allait prendre. Elle allait sans doute apercevoir son fils déambuler difficilement jusqu'aux sanitaires, faire une halte de quelques secondes dans le frigo de la cuisine, emporter quelques victuailles et repartir de son apparance cadavérique vers son antre, sa chambre qu'il ne quittait plus. Sans un mot. Avec un peu de chance, elle se surprit à espérer l'aperçevoir une seconde fois dans la journée comme cela lui arrivait exceptionnellement.
Mais soudainement, elle fut tirée de sa rêverie par un puissant cri de rage, suivi d'un bruit sourd quelques secondes plus tard. Ses larmes redoublèrent. ça aussi elle conaissait. Ne pouvant plus supporter cela, elle se leva, se dirigea vers la porte d'entrée, et s'éloigna lentement de cette maison qui devenait en ce moment même le témoin privilégié d'un nouvel accès de fureur de son fils qui, comme elle s'en doutait devait en ce moment même se ravager les poings contre les murs."
Voilà donc le triste portrait d'un quotidien que des familles de plus en plus nombreuses subissent au jour le jour. Triste déchéance qui rallie lentement mais surement de nombreux jeunes égarés, à la recherche d'une raison de vivre qu'ils trouvent dans les aventures meurtrières d'un avatar dont ils ne se différencient plus. Les premières dérives d'un 21e siècle placé sous le signe d'avancées technologiques sans précédent commençent à pointer le bout de neur nez. L'informatique, l'internet, qui pourtant demeurent à la base de formidables instruments de découverte et d'enrichissement personnel s'entachent petit à petit de sombres desseins. Tel est donc l'essence de l'homme, éternel assoiffé d'un besoin d'aller toujours chercher plus loin, plus haut dans la démesure en courant à sa propre perte et déchéance. Irréfutable conséquence d'un monde ou les valeurs fondamentales s'écroulent jours apres jours, ou les liens entre les hommes s'appauvrissent et qui permettent donc au virtuel d'endosser le rôle d'un échapatoire qui rallie chaque jours un peu plus d'adeptes. No life, geek, nerd et autres hardcore gamer, tels sont désormais les qualificatifs qui nous guettent tous.
Mais au delà de ce sombre tableau, il est néanmoins indéniable que ces instruments nous offrent de formidables possibilités. Petit icône I.E à portée de clic de millions d'individus, tu nous offre le monde formaté sur petit écran, tu nous offre l'opportunité de rencontrer des individus que nous ne pourrions sans doute pas connaître dans la réalité, tu nous permet d'échanger, de nous enrichir, de nous divertir... Certes, de nombreux sentiers incertains et dangereux s'épanchent sur cette toile qui échappe à tout contrôle. A chacun donc, de trouver un équilibre dans cette multitude de choses qui s'offrent à nous.
LAURA
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